Interview prévention sur le terrain

Interview de la chargée de projets «prévention de la
radicalisation violente» de la commune de Schaerbeek

Comment vous êtes retrouvée au poste
de chargé de projets « prévention de la
radicalisation violente » et quel était votre
parcours avant ? Vos études, etc.
De formation, je suis criminologue et il y a un poste
qui s’est ouvert à la commune de Schaerbeek en 2014.
Avant ca, il y avait déjà une personne qui s’occupait
de cette thématique car la commune a été confrontée
à cette problématique avec le départ de deux jeunes
au printemps 2013 dans une école, ici à Schaerbeek.
Directement, la commune a mis des choses en place
pour prévenir ce phénomène. Il y avait une personne
qui en plus de ses fonctions prenait en charge le
dossier « radicalisation » et puis sur base des subsides
qui ont été octroyés par le Ministère de l’Intérieur
Ministère de l’Intérieur (ndl : Service Public Fédéral
Intérieur), la commune a décidé d’engager quelqu’un.
Je suis donc arrivée en octobre 2014.
C’est un poste qui fait parti du programme
de Service Prévention Urbaine, c’est le
service prévention de la commune et plus
spécifiquement, du service d’Appui Thématique
et Territorial (SATT) qui prend en charge les
problématiques de quartier ainsi que certaines
thématiques. Par exemple dans mon service,
il y a une personne qui est chargée de projets
pour les assuétudes, pour la prostitution ou
une personne qui travaille sur l’implication des
habitants ou une autre sur les problématiques de
quartier.
Par rapport à mon parcours, je suis de formation
criminologue et le travail que je réalisais avant
n’était pas directement lié à cette thématique la.
J’étais plus spécialisée dans l’aide à la jeunesse et
la protection de la jeunesse mais sans lien avec
cette thématique la. D’ailleurs, quand moi j’ai
fait mes études en criminologie, on ne parlait
pas du tout de cette problématique, il n’y avait
pas d’éléments spécifiques sur le
problème de radicalisation. On n’en
parlait pas du tout. Maintenant,
c’est vrai que le phénomène de
radicalisation violente, pour
certains aspects, renvoi à des
concepts où mes études ont pu
m’épauler et m’apporter certaines
choses dans le travail que je réalise actuellement.
Quand on parle de passage à l’acte violent, c’est
quelque chose qui fait aussi partie de toute une
problématique criminologique. Par ailleurs,
en criminologie, on utilise des éléments de
psychologie et de sociologie qui permettent
d’avoir une certaine lecture du passage à l’acte,
des problématiques menant à la délinquance,
etc. Ces problématiques ou bien situations sont
aussi liées à la radicalisation. C’est-à-dire que
dans les causes multifactorielles que vous avez
de la radicalisation, il y a une série d’éléments
similaires aux causes qui amènent une personne
à passer ou à agir dans la délinquance.
Avant de prendre vos fonctions à ce poste,
est ce que la commune ou un autre organe
(fédérale, régionale?) vous a fourni une
formation adéquate ?
Non, c’est-à-dire que c’est une formation qui a
eu lieu au moment ou je suis arrivée. Cela c’est
fait sur le terrain. Il y a une formation tout à
fait personnelle, c’est-à-dire pouvoir s’outiller
à travers les compétences ou les connaissances
que l’on a déjà, opérer les lectures adéquates,
faire sa propre analyse. Et alors il
y a toute une série de choses qui
on été mises en place et qui le sont
toujours pour soutenir les acteurs
de terrain et les personnes qui
travaillent dans ce domaine pour
pouvoir les outiller. La commune,
elle par exemple, permet que je m’inscrive à un
certain nombre de formations, de colloques ou
de journée d’études pour pouvoir me former.
La région aussi organise à travers l’OBPS (ndl,
Observatoire bruxellois pour la Prévention
et la Sécurité) des formations, il y a aussi des
plateformes d’échange de bonnes pratiques
organisées par le Ministère de l’Intérieur.
L’avantage de se former sur le terrain, c’est de
pouvoir se former directement, de se faire un
réseau de contacts et que l’on peut rencontrer
les personnes – celles qui travaillent depuis plus
longtemps que moi – pour aller voir leur bonnes
pratiques, leurs lectures et compréhensions des
choses. Je pense que cela a été très riche, on
apprend – je ne vais pas dire aussi bien – mais
vraiment bien en étant sur le terrain. Surtout
que c’est une problématique où les formations,
l’offre de formations est manquante. Où il n’y a
pas de formation universitaire en tant que telle.
Donc on apprend énormément sur le terrain.
Est-ce que vous pensez que l’on pourrait
fournir une formation pour aider les
personnes qui débutent maintenant ?
Est-ce qu’il y aurait des éléments qui
devraient être repris et mis ensemble,
une sorte de package de base pour les
personnes qui voudraient travailler dans
la prévention.
Ces formations, elles existent même s’il n’y a pas
de cursus universitaire ou à ce que je sache de
cours universitaires que sur cette thématique
la. L’offre de formation est organisée par les
différents acteurs que j’ai cités précédemment
mais aussi par les personnes qui sont sur le
terrain. Je vais parler en mon titre mais je sais
que mes autres collègues le font aussi dans
les autres communes, on est souvent invité
à partager notre expérience, notre lecture
des choses. On donne des formations sur la
thématique, cela fait partie de l’un de mes axes
de travail : c’est de former les acteurs de terrain.
Alors, cela peut-être des professionnels, des
associations, des enseignants, CPAS ; n’importe
quel service schaerbekois qui nous le demande.
Voilà, on est aussi intervenu avec mes collègues
des autres communes auprès de l’Exécutif des
Musulmans pour expliquer ce que l’on faisait,
quelle est notre lecture des choses. Alors ce
n’est pas une formation à long terme en tant
que telle mais quand je donne des formations,
cela dure parfois toute une journée. J’organise
aussi parfois des formations où j’invite des
acteurs extérieurs que ce soit des professionnels
de terrain ou des universitaires qui ont, petit à
petit, développé une connaissance très pointue
sur ce sujet.
Personnellement, j’inviterais les personnes qui
débutent à se tourner vers ces différents acteurs,
à faire un parcours relativement similaire à
celui que j’ai mené : à multiplier les rencontres,
les conférences et à discuter avec les acteurs de
terrain. Parce que les bonnes pratiques, elles
sont en train de se construire et c’est à travers
elles que l’on s’informe et que l’on s’outille.
Concrètement, en quoi consiste votre travail,
votre mission ici à la commune de Schaerbeek ?
Quel type de projets menez vous – vous avez
déjà cité l’aspect formation par exemple. Quels
sont les acteurs avec qui vous êtes amené à
rentrer en contact et collaborer ?
Par ailleurs, pensez-vous que la Commune
de Schaerbeek vous soutien suffisamment
dans votre mission?
Peut être, avant de préciser mes axes de travail,
il est important aussi d’expliquer qu’il y a au sein
du Service Prévention Urbaine, toute une autre
série d’acteurs importants : le service gardien de
la paix, le service éducateurs de rue, la maison
des méditations qui s’occupe notamment
du décrochage scolaire, le service d’aide aux
justiciables, etc. Tous ces services qui travaillent
depuis beaucoup plus longtemps que la mise
en place de ma fonction réalisent un travail de
prévention indirect de la radicalisation violente.
Par exemple, le service de décrochage scolaire
qui fait partie de la maison des médiations,
cedes autres communes auprès de l’Exécutif des
Musulmans pour expliquer ce que l’on faisait,
quelle est notre lecture des choses. Alors ce
n’est pas une formation à long terme en tant
que telle mais quand je donne des formations,
cela dure parfois toute une journée. J’organise
aussi parfois des formations où j’invite des
acteurs extérieurs que ce soit des professionnels
de terrain ou des universitaires qui ont, petit à
petit, développé une connaissance très pointue
sur ce sujet.
Personnellement, j’inviterais les personnes qui
débutent à se tourner vers ces différents acteurs,
à faire un parcours relativement similaire à
celui que j’ai mené : à multiplier les rencontres,
les conférences et à discuter avec les acteurs de
terrain. Parce que les bonnes pratiques, elles
sont en train de se construire et c’est à travers
elles que l’on s’informe et que l’on s’outille.
Concrètement, en quoi consiste votre travail,
votre mission ici à la commune de Schaerbeek ?
Quel type de projets menez vous – vous avez
déjà cité l’aspect formation par exemple. Quels
sont les acteurs avec qui vous êtes amené à
rentrer en contact et collaborer ?
Par ailleurs, pensez-vous que la Commune
de Schaerbeek vous soutien suffisamment
dans votre mission?
Peut être, avant de préciser mes axes de travail,
il est important aussi d’expliquer qu’il y a au sein
du Service Prévention Urbaine, toute une autre
série d’acteurs importants : le service gardien de
la paix, le service éducateurs de rue, la maison
des méditations qui s’occupe notamment
du décrochage scolaire, le service d’aide aux
justiciables, etc. Tous ces services qui travaillent
depuis beaucoup plus longtemps que la mise
en place de ma fonction réalisent un travail de
prévention indirect de la radicalisation violente.
Par exemple, le service de décrochage scolaire
qui fait partie de la maison des médiations, ce
service travaille au décrochage scolaire qui est à
la fois une des causes et une des « conséquences
» qui peuvent toucher une personne entrant
dans ce processus de radicalisation. Dans ce
processus, on observe que la personne s’isole
petit à petit de son groupe de pairs, de sa famille.
Elle fréquentait plusieurs groupes de
loisirs puis elle décroche avec toutes
ces personnes et avec son milieu scolaire, etc.
Le travail contre le décrochage scolaire participe
donc aussi à réinsérer la personne, à rétablir ses
attaches sociales ou contrer cet isolement. Le
service des éducateurs de rue inclut les jeunes
dans des activités avec d’autres jeunes. Le service
communal RePR (service communal d’aide aux
justiciables et/ou à leurs familles) agit pour une
meilleure réinsertion et donc réalise aussi un
travail de prévention de la radicalisation. Ce sont
donc des personnes avec lesquelles je travaille.
Un autre exemple, le service Médiation propose
des séances de sensibilisation aux dangers
d’internet. Quand on sait la place que prend
internet dans le processus de recrutement,
prévenir les jeunes et les sensibiliser aux dangers
d’internet fait partie du travail de prévention
de la radicalisation violente. Il y a donc une
collaboration entre
ces différents services,
collaboration qui
prend forme de façon
ponctuel avec l’un
ou l’autre mais qui
se formalise aussi
dans une plateforme
d’échange et de
collaboration avec
tout les coordinateurs
des services mais
aussi d’autres services tels que le service
jeunesse, l’inspection pédagogique, les centres
PMS. Il y donc plusieurs services qui sont
concernés et intéressés de participer à ce groupe
de travail. Tout cela permet aussi de montrer
que la commune travaille sur certains facteurs
sociaux, sur l’inter-culturalité depuis plus de
25ans et que l’on n’a pas attendu.
Alors de façon tout à fait directe, le travail sur
la prévention de la radicalisation que je mène se
divise en plusieurs axes. Il y a l’axe information/
formation comme je l’ai expliqué. Dans cet
axe là est aussi compris la sensibilisation des
jeunes. Plusieurs choses sont réalisées. Il y a
la proposition d’animations aux jeunes en lien
direct avec le phénomène. Par exemple des
animations de sensibilisation réalisées par le
CNAPD (Coordination Nationale des Actions
pour la Paix et la Démocratie). Alors eux ont
développés, il y a déjà quelques années je pense,
un outil pédagogique
sur cette question là
qu’ils sont occupés
de réactualiser.
Ils réalisent aussi
des animations
qui s’appellent
« Terrorisme en
Question » et qui
ont été notamment
soutenues par
la Fédération
Wallonie-Bruxelles
et présentées dans les différentes écoles, cela
peut aussi être d’autres animations. Cela se fait
un peu sur base de la demande et donc moi je
propose régulièrement leurs animations que je
trouve vraiment très bien. En plus, il n’y a pas
beaucoup d’animations ou d’outils pédagogiques
qui traitent directement de la question, cette
initiative est donc très bien.
J’utilise aussi d’autres outils qui ne traitent
pas directement de la question soit parce que
certains acteurs peuvent être un peu plus frileux
de les utiliser ou de traiter directement de la
problématique soit alors parce que c’est utile de
passer par la sensibilisation d’autres questions
pour agir sur la prévention de la radicalisation
violente comme par exemple les dangers
d’internet. Je propose aussi des animations
via des acteurs externes qui sont compétents
pour le faire et qui ont développé les outils sur
les discours de haine. Ce sont des choses que je
peux proposer aux écoles, aux associations ou
n’importe qui travaillant avec des jeunes et qui
souhaitent mettre en place de telles animations.
Il y a aussi des personnes qui
veulent plus organiser des débats
ou des rencontres avec des voix
authentiques. Les voix authentiques
peuvent être notamment des mères
touchées par le phénomène. Ici,
madame Saliha Ben Ali a monté une a.s.b.l. avec
laquelle elle va témoigner de son expérience et
de son parcours auprès des jeunes. Toutes ces
initiatives sont aussi des sources, des relais qui
permettent de discuter de cette question avec
les jeunes.
Dans l’axe suivant, il y a plus tôt le soutien aux
projets de développement de prévention qui
peuvent avoir plusieurs objectifs. Ces objectifs,
s’il n’y a pas de liste exhaustive, plusieurs ont
déjà été pointés. Cela peut être de favoriser
l’engagement citoyen des jeunes. De façon tout
à fait générale, on explique souvent que c’est un
sentiment de frustration qui amène les personnes
à entrer dans ce processus de radicalisation
violente. Leurs besoins d’inclusion sociale –
d’inclusion tout court on va dire – leurs besoins
d’appartenance, leurs recherches d’identité,
leurs recherches de réponses à des questions
existentielles, ce sont tous ces éléments qui
font qu’une personne va ou sera susceptible de
renter dans un processus de radicalisation. Donc
les jeunes pour répondre – ou les moins jeunes
parce qu’il n’y a pas que les jeunes qui partent
– pour répondre aux sentiments de frustration
peuvent être amenés à se radicaliser et à avoir
recourt à la violence. Beaucoup
ne vont pas avoir recourt à la
violence mais certains l’utilisent
pour réponse à leurs différents
besoins ou problèmes. Donc la
prévention, c’est entre-autre de
leurs offrir une voie alternative à la violence à
travers l’engagement citoyen.
Nous soutenons des projets mais parfois on les
développe nous-même. On ne veut pas faire
deux fois la même chose donc si une association
par exemple ou autre service met en place un
projet, on va avoir tendance à le soutenir plutôt
que de le développer nous même. Si ce n’est
pas le cas alors on s’en chargera. Engagement
citoyen donc, ca peut aussi être la lutte contre
le racisme ou discrimination. Ce phénomène,
il est très important d’agir dessus. On voit
que malheureusement il prend de plus en
plus d’ampleur, notamment l’islamophobie.
On la remarqué avec les incidents à la Bourse
avec les hooligans qui ont débarqué et scandé
des discours plutôt d’orientation de droite et
islamophobique. Voila, c’est quelque chose sur
lequel il faut vraiment travailler pour éviter
les amalgames. C’est quelque chose que j’ai
pu observer assez rapidement, le public ou
certaines personnes ont tendance à faire des
amalgames entre communauté musulman et
terrorisme ou entre musulmans
et terrorisme. Ce qui est tout à
fait catastrophique en plus d’être
injustifié, parce que cela accentue
la polarisation, cela accentue le
terreau de la radicalisation.
Cela peut être aussi par exemple
des projets qui vont favoriser
la cohésion sociale, l’interculturalité.
Et cela s’inscrit aussi
dans la lutte contre le racisme,
faire en sorte que les différentes
communautés puissent mieux se connaître les
unes et les autres. Cela peut se faire par exemple
via des visites de lieux de cultes, il y a des écoles
qui l’organisent et je trouve que c’est un excellent
projet que de connaître les différentes religions,
les différentes cultures. Dans le cadre de ce projet,
j’ai développé notamment en collaboration avec
une association schaerbeekoise et le service
des éducateurs de rue un projet qui visait à
sensibiliser les jeunes à la situation des réfugiés
syriens. C’était plutôt vers la fin d’année 2015
et il y avait à ce moment là beaucoup de réfugiés
qui arrivaient en Belgique. L’objectif était de les
sensibiliser à la situation des déplacés syriens.
C’est-à-dire pas uniquement les refugiés, ceuxqui
arrivaient ici à proprement parler mais
les déplacés en Syrie. En effet, l’association
avec laquelle on travaille aide aussi les réfugiés
là-bas. Et donc cela s’est concrétisé par une
sensibilisation ou plus tôt une information,
une animation sur la situation
géopolitique en Syrie. Cela
visait aussi à faire prendre
conscience aux jeunes, s’ils
ne le savaient pas parce que
tous ne le savent pas, que les
enjeux en Syrie sont vraiment
beaucoup plus complexes qu’on
le laisse imaginer ou que parfois
les groupements extrémistes
le laissent imaginer. C’est-àdire
qu’il n’y a pas UN ennemi
à combattre, les acteurs sur le
terrain qui sont impliqués dans le conflit sont
très nombreux et ce n’est pas aussi simple que
l’on pense. Et donc c’est de pouvoir exposer de
manière pédagogique et le plus simple possible
parce que c’est extrêmement complexe ce qu’il
en est. Pour cela, on a travaillé notamment
avec la CNAPD qui est très calé sur la situation
géopolitique et qui est très compétent
pour sensibiliser ou animer des activités de
sensibilisation avec les jeunes. Ensuite, on a
organisé un événement dans un parc qui visait
à récolter des dons, non pas monétaires mais
matériels comme du matériel scolaire pour
les déplacés syriens. Cela s’est vraiment bien
passé entre autre parce qu’il y avait beaucoup
de diversité au cours de cet événement. Des
réfugiés syriens ont participé et ont pu échanger
avec d’autres personnes et donc c’était vraiment
très riche de pouvoir mettre ca en place.
Par ailleurs,
on soutien le
développement d’un
outil pédagogique
par Isabelle Serret
et une l’a.s.b.l. «
2bouts ». Cet outil
pédagogique non
seulement il en
manque mais en plus
il est extrêmement
riche. Il est en
cours d’élaboration, mais il se base sur le
récit de vie de jeunes et de famille qui ont été
touchés directement par le phénomène. Cela
permettra d’avoir une meilleure connaissance
du phénomène pour les acteurs de terrain et les
jeunes mais aussi de permettre aux jeunes d’avoir
des témoignages authentiques via des capsules
vidéo. C’est très important car certains jeunes
ont témoigné du fait que ce qui les a empêché de
partir c’est d’avoir visionné ou d’avoir eu accès
au parcours d’un autre jeune. D’entendre les
motifs et les raisons qui les ont amené à partir
et puis à se désengager de ce processus, cela les
a empêché de partir. On sait que c’est quelque
chose de tout a fait utile et mobilisable dans le
cadre de la prévention.
C’est un des projets que l’on soutien comme
celui de la création d’une Mother School qui est
comme son nom l’indique une école des mères.
Il vise à mieux outiller les mamans notamment
dans ce processus la
en développant leurs
compétences et les
liens qu’elles peuvent
créer avec leurs
enfants. Ca, c’est mis
en place par l’a.s.b.l. «
Save » donc Madame
Ben Ali, qui est elle
même une maman
concernée c’est a dire
une maman d’un
jeune qui est parti et qui est décédé en Syrie. Alors,
il y a d’autres projets qui sont aussi en cours. Des
projets qui visent à pouvoir outiller les acteurs
de terrain et les former parce qu’il y a beaucoup
de demandes pour l’instant ou des projets qui
visent concrètement à sensibiliser le public à
lutter contre le racisme et la discrimination, à
mettre en place des débats avec les jeunes avec
des voix authentiques notamment avec des
personnes qui sont parties, etc.
Un autre axe est celui de plateformes d’échange et
de coordination. Alors là , il s’agit concrètement
de participer à des plateformes qui sont mises en
place soit par les différents niveaux de pouvoir
– je vais y revenir tout de suite – soit que l’on
a créées nous même parce que c’était nécessaire
et utile de le faire. J’ai parlé tantôt du groupe
de travail « Radicalisation » et ca c’est tout à
fait riche parce que cela regroupe des acteurs
de terrain qui sont compétents ou qui ont
développé leurs compétences pour travailler sur
ces thématiques la. Ils sont confrontés parfois à
certaines difficultés ou ils ont des projets et on
peut collaborer et travailler tous ensembles.
Cela peut être aussi des réunions avec les autres
communes de la zone parce que il n’y a pas de
frontières et il s’agit aussi de voir comment cela
se passe dans les autres communes ou bien avec
les différents chargés de projets qui existent.
Alors là, il faut savoir qu’en Région Bruxelloise,
il y a 4 chargés de projets donc à Schaerbeek,
Molenbeek, Anderlecht et Bruxelles et Saint-
Gilles va bientôt en engager un. Les autres
communes de la Région n’en n’ont pas parce que
notamment elles ne reçoivent pas les subsides
pour pouvoir le faire. Et donc c’est vrai que cela
créé une certaine inégalité, les personnes ne
sont pas outillées de la même façon. Cela ne veut
pas dire qu’ils ne font rien, les autres communes
mettent des choses en place mais c’est plus
laborieux car la personne qui est considérée
comme référent en la matière a une fonction
en parallèle donc ca complexifie encore la tâche.
Ils ne peuvent pas, sans parler en leurs noms
évidemment, travailler de la même façon. On
se réunit souvent avec les autres chargés, même
de façon informelle pour s’épauler les uns les
autres, pour s’outiller, voir comment est-ce que
l’on peut travailler en collaboration et voir ce qui
se fait dans les autres communes, etc.
Par rapport aux différents niveaux de pouvoir,
c’est aussi compliqué. Cela répondra peut-être
à l’une de vos questions. Nous, on est subsidié.
On a un subside du Ministère de l’Intérieur
il y a donc le niveau fédéral qui agit sur la
problématique. Il y a des plateformes d’échange
qui visent d’avantage à voir ce qui est mis en
place par les différentes villes et communes.
Le niveau fédéral a aussi, donc le Ministère de
l’Intérieur a aussi, vous l’avez sans doute entendu
dans la presse, pris deux arrêtés royaux, pas des
circulaires mais des arrêtés royaux. Ceux-ci sont
des fonds d’impulsion pour différentes villes et
communes de Belgique afin de mettre en place
des projets de prévention. Dans ce cadre, il y a
un premier arrêté royal qui prévoit un million
pour 10 villes et communes belges. Il y a donc
des chargés de projets – comme moi – en Flandre
et en Wallonie. Ca, ca permet aussi à ces 15 en
tout villes et communes, 10 dans le premier et 5
de plus dans le deuxième, de bénéficier de fonds
pour mettre en place des projets
de prévention. C’est vrai que ca
c’est tout à fait intéressant. C’est
plutôt l’apport au niveau fédéral,
après il y a la Région qui a son
propre plan d’action.
La Région développe un plan
d’action, bon eux en parleront
mieux que moi qui s’axe pas mal
et c’est ca qui a été réalisé jusqu’ici
sur la formation. A travers l’Observatoire, ils
organisent des formations pour la Région,
enfin les personnes concernées dans la région
: les chargés de projets et maintenant il y a un
module pour les gardiens de la paix.
Après il y a tout le volet Fédérations Wallonie-
Bruxelles qui eux, alors il y a des échanges avec
nous mais ce sont toutes des initiatives prisent
de leur coté si vous voulez, ont un plan d’action
mais par secteur : secteur jeunesse, secteur
enseignement, etc. Par exemple au niveau
enseignement, Joelle Milquet a fait circuler
auprès des écoles des propositions pour aller
voir la pièce « Djihad », des propositions via la
CNAPD d’animations le « LE TERRORISME EN
QUESTIONS … ». Il y a aussi alors ca ce n’est
pas Milquet mais je pense que c’est Madrane
qui a pour projet de développer des centres
d’appuis aux familles et aux acteurs de terrain
qui sont confrontés à la problématique. Au fait,
c’est quelque chose de tout a fait nécessaire,
on a besoin d’avoir des relais qui sont autres
que des relais policiers voir des
relais communaux pour que les
familles puissent s’adresser à
ces personnes ou s’adresser à un
centre qui se spécialise vraiment
dans ce domaine la. Ce centre
doit pouvoir prendre en charge
complètement la problématique.
Idem on n’a pas, de site internet
fédéral. C’est-à-dire qu’une
famille qui est en questionnement, il n’y a pas
de site qui regroupe les différentes ressources,
éventuellement les contacts qu’ils peuvent
avoir avec l’un ou l’autre service. Cela manque
cruellement et on n’en a toujours pas alors que
ce n’est pas récent le phénomène. Il est question
d’en mettre un en place, je pense que c’est la
Fédération Wallonie-Bruxelles qui bosse dessus
mais on n’a aucune idée de quand ni comment
cela va être mis en place. Donc vous voyez, il y a
plusieurs initiatives dont de bonnes initiatives.
Ill y a eu aussi un numéro vert qui a été mis en
place par Madame Milquet qui est en fait une
extension du numéro vert qui existait déjà. Il
a été critiqué par la presse mais c’est aussi une
nécessité d’avoir un numéro vert même au niveau
fédéral. Cela reste compliqué mais on attend
beaucoup mais je reconnais que cela prend du
temps à mettre bien les choses en place, etc.
Vous avez parlé du plan de la Commune de
Schaerbeek, des différentes collaborations
au niveau fédéral et régional. Quels
sont vos relais, vos collaborateurs sur le
terrain ?
Au-delà de ces différentes collaborations, moi je
travaille aussi si vous voulez avec tout le territoire
de Schaerbeek et n’importe quels acteurs qui
travaillent a Schaerbeek. Et c’est-à-dire que cela
ne doit pas être juste un acteur communal ; on
travaille régulièrement avec les associations, les
écoles et il faut savoir aussi que je ne suis pas
la seule personne non plus qui travaille sur ce
phénomène. Il y a vous notamment et d’autres
qui développés pas mal de trucs et vraiment des
beaux projets, soit que l’on soutien ou pas parce
qu’ils n’en ont pas toujours besoin et c’est super.
Mais ce sont aussi des ressources pour les acteurs
qui connaissent moins le phénomène, pour les
jeunes, pour le public. Ca, c’est quelque chose
à mettre en avant aussi, il y a des associations
qui bossent la dessus. Il y a aussi des écoles qui
développent de super beaux projets et c’est à
mettre en avant parce que Ce sont des acteurs
qui sont confrontés à la problématique et qui
agissent au-delà de leurs fonctions. Les profs
n’ont pas que ce problème la, je le dis souvent,
on prend les profs pour des super-héros. On leur
demande de tout voir, de tout savoir, de tout
gérer mais bon, il faut être conscient qu’ils ont
aussi d’autres choses à gérer. Pourtant voilà, ils
développent des choses même avant qu’il y ait
eu la problématique. Certaines écoles font des
visites de lieux de cultes, il y en a qui organisent
des conférences/débats avec les élèves sur cette
thématique la. Ce sont de belles initiatives.
Peut-être juste une précision, vous-avez
parlé des débuts des actions préventives
de la Commune de Schaerbeek – en 2013
– pourriez-vous dater les premières
initiatives associatives et citoyennes
pour la prévention de la radicalisation
violente ?
Alors, moi je vous parle des initiatives que je
connais, c’est compliqué parce que je suis arrivée
en octobre 2014 et déjà il y avait des choses qui
se mettaient en place. Mais il me semble que
quand il y a eu, parce que ca a été très médiatisé
au printemps 2013, le départ des jeunes je sais
que les écoles ont mis en place des choses. Alors
peut-être pas toutes, peut-être pas directement
mais je pense que les choses ont vraiment
commencé à ce moment là et pas que pour les
écoles. Les autres aussi parce que lorsqu’on
entend parler de jeunes – de la commune ou
pas – qui partent et bien cela interroge. Cela
interroge les professionnels, cela interroge aussi
les jeunes, on se demande pourquoi ou on se
dit qu’on ne comprend pas. Et donc on a cette
nécessité de développer des choses mais cela
reste très difficile pour moi de dater. Je ne peux
parler qu’à partir d’octobre 2014 quand moi je
suis arrivée et que j’ai rencontré des acteurs de
terrains et bien ils mettaient déjà des choses en
place sur cette problématique. Avant, c’est plus
compliqué pour moi de l’affirmer mais il me
semble avoir compris et entendu que déjà en
2013, il y a des choses qui se faisaient. Mais bon,
comme je l’ai déjà dit, il y a des choses aussi qui
ont été faites et qui préviennent indirectement le
phénomène. Mettre en place des sensibilisations
à la lecture critique des discours médiatiques,
c’est tout a fait pertinent dans le cadre de la
prévention de la radicalisation violente. Ca n’a
peut-être pas été développé directement pour ca
ou suite à ca mais c’est extrêmement adéquat
Depuis votre arrivée à ce poste, avez-vous
vu une amélioration ou est-il possible
d’estimer qu’il y a eu une amélioration
quant au phénomène de radicalisation
violente ?
Alors, c’est très compliqué de parler de ce sujet
parce que l’on parle ici d’évaluation de travail,
de projets qui sont réalisés. Or en terme de
prévention, c’est très compliqué d’évaluer de
quelle manière une action a eu un impact ou
pas. Quand on réalise des animations ou des
formations et que l’on s’aperçoit que l’on peut
éclairer soit les acteurs de terrains ou les jeunes,
ce qui a été le cas de ce qu’il m’a été rapporté,
pour moi c’est déjà extrêmement positif. Alors
voilà, on ne peut pas dire que le phénomène
est terminé, que le boulot est terminé. La
prévention de la radicalisation violente, c’est
vraiment un travail sur du long terme et donc ca
reste quand même compliqué de dire : « voilà, il
y a une amélioration ». Pour moi, l’amélioration
existe parce que les gens connaissent mieux
le phénomène et rien qu’avec ca, c’est une
amélioration parce que s’ils sont mieux outillés
ou mieux préparés, ils peuvent
mieux agir sur le phénomène. Ils
ont moins peur éventuellement
de l’aborder.
Il y a une amélioration aussi
parce qu’il y a de plus en plus
d’espaces existants, pas encore
suffisamment malheureusement,
pour que les personnes puissent
en parler puisqu’il y a plus
d’initiatives. Pour moi, c’est déjà des initiatives
très positives, maintenant de dire que cela a
mis fin au phénomène et bien non. Par ailleurs,
ils existent des services qui accompagnent les
familles qui les soutiennent et où le soutien est
tout à fait réel et a été très positif. Donc voilà
tout ca c’est des actions positives.
Maintenant, voilà, ce n’est pas comme à la police
où on peut se dire on a fait X arrestations. C’est
beaucoup plus du long terme, c’est un travail de
plus longue haleine. Alors oui, je peux vous dire
on a fait X formations, on a formé X nombres
de personnes mais c’est ce que les personnes
peuvent faire avec, c’est ce qu’elles perçoivent, la
façon dont elles ont pu être outillées, éclairées
qui compte à ce moment la.
Est ce que le climat dans lequel vous
travaillez a changé depuis les évènements
du 22mars ? Pensez-vous que cela aura
un impact, positif ou négatif, sur votre
travail ?
Cela reste relativement récent c’est
donc très difficile de pouvoir parler
d’impact, souvent il faut attendre
quelques temps. Je dirais que les
événements ne vont pas changer
fondamentalement les projets ou
le travail qu’on réalise parce qu’ils
n’ont pas changé la lecture que
l’on peut faire du problème. Ca ne
veut pas dire qu’on ne prend pas
en compte ce qu’il s’est passé, cela
veut dire que on se rend compte que les besoins
que l’on peut avoir sont pressants ou qu’il y a
certaines choses sur lesquelles il est plus urgent
d’agir. J’en reviens notamment sur le racisme
et l’islamophobie. C’était déjà visible avant et
là je crains que cela s’accentue. Cela doit rester
une priorité, je pense qu’il est urgent ou plus
pressant de développer des projets par rapport
à ca. Des projets qui renforcent les liens entre
les différentes personnes ou les différentes
Interview
communautés qui habitent notamment
Schaerbeek mais qui habitent la Belgique.
Quelles se connaissent mieux, nous devons
travailler sur cette inter-culturalité, travailler
sur des échanges pour mieux se connaître, pour
éviter tout ca.
Maintenant, changer le climat, c’est quand
même tout à fait spécifique. Cela s’est passé
avant les vacances donc beaucoup de personnes
et notamment de jeunes sont partis, je pense que
il y aura sans doute d’avantage de constats qui
pourront être opérés par la suite.
Ca s’est vu après les attaques à
Paris en janvier et en novembre
où effectivement, les personnes
étaient beaucoup plus inquiètes
et donc prenaient plus de
renseignements ou avaient plus
envie de développer des projets.
Nous, on va redoubler d’efforts
pour les épauler tant dans leurs
inquiétudes que dans leurs développements de
projets. A mon avis, ce sera aussi cet impact
la, de pouvoir aussi mettre en place des choses
ou des lieux, des espaces de paroles. Alors c’est
vrai que moi je ne m’occupe pas spécifiquement
des victimes ou des victimes des attentats mais
voilà je peux chercher aussi des ressources vers
lesquelles les éventuelles victimes peuvent se
tourner. Donc voilà, c’est aussi des ressources
pour les victimes et il n’y a pas que les victimes
tout à fait directes, il y a aussi des personnes
qui ne l’ont pas vécu directement mais qui sont
vraiment choquées de ca. Il faut aussi pouvoir
avoir des ressources pour qu’ils puissent avoir
un espace où elles puissent aller parler. Moi je
ne suis pas psychologue et donc voilà, c’est de
travailler aussi sur les relais qui existent et qui
sont tout à fait spécifiques. Ca, c’est quelque
chose qui par exemple ne s’est pas forcément ou
moins fortement présenté après les attaques à
Paris. La ben voilà, on a été touché directement,
localement.
Quelles sont pour vous les
principales difficultés que
vous rencontrez dans votre
travail quotidien ?
Il y a, je pense, le fait que
le phénomène n’est parfois
encore pas tout à fait connu
ou que l’on manque de
connaissances beaucoup plus
pointues du phénomène. Par exemple dans les
causes de la radicalisation, on parle de causes
multifactorielles. Cela fait beaucoup. Bon,
beaucoup de choses ou de problématiques sont
multifactorielles mais je pense qu’au regard des
contacts que j’ai eu sur le terrain, il y a d’autres
recherches qui devraient ou qui pourraient être
menées pour d’avantage cerner le phénomène.
On pourrait d’avantage pointer ce qui pourrait
être utile ou mobilisable comme outils pour
prévenir le phénomène de façon collective
mais aussi pour épauler les personnes qui sont
confrontées à cela. Je l’ai dit on manque de
ressources, de professionnels spécifiquement
formés à l’écoute et à l’aide des personnes qui
sont touchées ; je parle de famille, je parle de
personnes qui sont dans le processus. Attention
moi je parle d’aide volontaire, mon travail c’est
la prévention donc je ne parle pas forcément
du volet répressif ou de l’aide contrainte mais
je trouve qu’il faut que l’on ait d’avantage de
connaissances sur ce phénomène et d’avantage
de ressources. Il y a donc une difficulté par
rapport à ca.
Une autre difficulté, c’est la compréhension du
travail que l’on réalise comme chargé de projets.
Cela a été un combat quand j’ai été engagée pour
réaliser le travail que je mène. Rien que le titre
par exemple, première chose parce que l’on est
subsidié par le Ministère de l’Intérieur, certaines
personnes pensent que l’on a des comptes à
rendre ou que l’on va donner des informations au
Ministère de l’Intérieur. Pas du tout, certains…
on nous a parfois appelé « déradicalisateurs » ou
on disait que l’on faisait « de la déradicalisation
». Je ne fais pas de déradicalisation et quand on
me parle de déradicalisation qui est en soit un
mot horrible cela laisse aussi à penser que l’on
va prendre un individu de manière contrainte,
l’enfermer et lui faire un lavage de cerveau. On
ne fait pas ca, on va parler – parce que j’ai la
sensation parfois que c’est ca qu’ils veulent dire
par déradicalisation – plutôt de désengagement.
Interview
Si désengagement il doit y avoir, pour moi c’est
un désengagement sur base volontaire. C’est
de pouvoir aussi faire tout un travail qui est lié
au constat que l’on a pu faire du processus de
radicalisation, c’est-à-dire de pouvoir permettre
à la personnes de travailler sur cet isolement qui
engendre et qui est engendré par ce processus
de radicalisation. De pouvoir faire un travail sur
l’utilisation de voies autres que la violence. Pour
moi, c’est un travail qui doit être mené mais je ne
l’appelle pas du tout déradicalisation, pour moi
c’est un travail qui est d’ordre sociale. Il ne s’agit
pas de moraliser un jeune et de
lui dire « han c’est mal » ou de
l’enfermer.
Autre difficulté, au-delà du fait
que l’on nous appelait comme
cela et qu’on était subsidié,
c’est que on avait le sentiment,
comme c’était un poste qui
s’ouvrait et que l’on ne savait pas du tout de quoi
il s’agissait, que toutes les informations allaient
êtres données à la Police. Les gens pensaient : «
ils sont là pour fliquer les quartiers, donner des
infos », on nous prenait pour des indicateurs
de la Police. Je ne fais pas ca non-plus. Il faut
savoir que je ne donne aucune information sur
des situations individuelles à la police. Je peux
éventuellement réorienter vers la Police une
personne qui me parle, si ca me semble adéquat
et en accord avec elle. Parce qu’il y a certaines
situations où une intervention de la police peutêtre
efficace ou l’est. Il y a des situations de danger,
il y a des situations où voilà c’est nécessaire mais
moi je réoriente, je ne vais pas dire à la police «
un tel se radicalisé, oulala attention ». C’est pas
mon job du tout, je ne voudrais pas faire ca et
se serait tout a fait contre-productif. Donc, cela
a aussi été un travail lors de mon engagement
de pouvoir montrer que ce n’est pas ca que je
faisais, que je ne suis pas à l’affut d’avoir des
infirmations sur des individus pour les fournir
à la Police. Moi je travaille, je ne fais pas partie
du corps policier. Donc voilà je pense que ca a
été certaines difficultés, enfin
je ne suis pas naïve, ce sont
encore des difficultés. On nous
appelle encore «fonctionnaire
de déradicalisation » ou bien
encore cellule terrorisme,
enfin… encore terrorisme, cela
est moins problématique mais…
Moi ce que je veux toujours expliquer et c’est pour
ca que je le mets dans mon titre, c’est l’aspect :
prévention de la radicalisation « violente ». Ce qui
pose problème et ce sur quoi on veut travailler,
c’est l’utilisation de la violence parce que c’est
cela qui est problématique. Le fait d’être radicale,
c’est permis. Le fait d’avoir des idées radicales, des
positions radicales on en a tous et c’est permis.
Et donc il faut être vigilant par rapport à cela
parce que ce n’est pas réprimandé légalement et
ce n’est pas problématique. Enfin, cela peut être
problématique dans le sens où cela peut poser
des difficultés pour la polarisation, etc. Puis cela
peut aussi mener à la violence. Une personne qui est
en début de processus de radicalisation et qui a des
idées éventuellement radicales peut entrer dans la
voie de la radicalisation violente, pas forcément mais
cela se peut. Il faut être attentif aussi à ca et je pense
que c’est aussi une difficulté, c’est que ce processus
peut aller extrêmement vite et c’est pour cela que
je dis qu’on le connaît encore mal. Autant certaines
personnes mettent des années autant pour certaines
personnes cela se passe très très vite. C’est ce qui est
problématique là dedans, c’est que l’on connaît mal
les choses et parfois il faut agir vite.
Cela me fait penser aussi à une autre difficulté. Une
autre difficulté aussi à laquelle on est confronté
concerne tout l’aspect presse et le fait que la presse ou
les medias utilisent parfois très mal la terminologie
et donc indirectement favorisent ces amalgames.
Quand on parle de terrorisme islamiste et bien pour
moi c’est inadéquat. Je trouve qu’il faudrait utiliser
la juste terminologie, quand on parle de DAESH on
parle en fait de Salafistes Djihadistes. On ne fait
pas d’amalgame avec la communauté musulmane,
enfin voilà, je pense que cela va déjà un peu mieux
mais… Voilà, la presse utilise parfois encore une
terminologie tellement inadéquate pour moi que
cela reste problématique. Alors c’est un des petits
problèmes mais ca reste une difficulté dans le travail
parce que cela nourrit ce terreau là.
Dans les médias justement, on se réfère
souvent à Bruxelles, plus spécifiquement
Molenbeek comme capitale du jihadisme ou
centre du jihadisme. Est-ce que vous pouvez
commenter cela rapidement et peut-être
faire une comparaison avec les pays voisins
(GB, Fr, Ge, Nl) ?
Je trouve cela regrettable et que l’on pointe du doigt,
alors soit Bruxelles soit Molenbeek soit n’importe
quelle ville ou pays, cela a des répercussions tout à
fait négatives. C’est dommageable pour la population
parce qu’elle est stigmatisée et c’est dommageable
aussi par ce que l’on ne se réfère pas au travail qui est
fait par la commune sur ces matières la. On parle le
plus souvent en termes négatifs dans la presse, très
peu en termes positifs. C’est pour cela qu’il faut aussi
pouvoir voir et montrer les choses positives que les
différents acteurs de terrains font, tout le travail
positif qui est mené par les différents acteurs.
Maintenant, pourquoi ils le disent oui je comprends.
Je comprends dans le sens où voilà il y a un tel
nombre de personnes qui partent ou sont parties de
là mais il y a des départs dans tous les pays. Il y a du
recrutement dans les différents pays que vous avez
cité.