(Français) Opinion: Repli identitaire et radicalisme:

Repli identitaire et radicalisme:
un support pédagogique
d’expression groupale au départ
du récit de jeunes concernés

« Rien à faire, rien à perdre»
Donner la parole aux jeunes eux-mêmes pour aider
à comprendre les mécanismes de repli identitaire
et de radicalisation, c’est la démarche du projet en
cours « Rien à faire, rien à perdre». Des jeunes qui
ont eu l’intention de partir ou qui sont revenus de
Syrie/Irak choisissent eux-mêmes les mots qui racontent
leurs parcours identitaires, pour favoriser
l’expression en groupe (acteurs associatifs, classes
scolaires, groupe de parents concernés etc.).
Chaque récit écrit (4 à 5 pages), est accompagné
d’une courte vidéo (5’), qui permet à chaque jeune
d’exprimer sa vision et son ressenti en images,
d’une fiche pédagogique pour les animateurs et
les enseignants, et également d’une fiche éclairant
le contexte des identités multiples portées par les
histoires familiales de ces jeunes. Chaque récit est
une histoire unique, chaque vidéo doit pouvoir
être utilisée de façon autonome, pour éviter les
généralisations et respecter les individualités.
Le projet, en collaboration avec l’asbl 2bouts (éducation
à la diversité culturelle), est soutenu par la
commune de Schaarbeek, la Fondation Roi Baudouin,
et le Délégué Général aux Droits de l’Enfant.
Soutien aussi aux familles
Mieux comprendre le parcours des jeunes concernés
répond à un besoin direct des familles. Avoir
des clés de compréhension peut aider à mettre du
sens, à vivre la souffrance autrement, à améliorer
aussi la communication avec les jeunes concernés
– quand c’est encore possible-, mais aussi avec les
frères, les soeurs, tout l’entourage. C’est pourquoi,
avec le soutien de plusieurs mamans directement
concernées, le projet initial a été étendu
à la collecte de témoignages de membres des
familles concernées. Un portrait de famille réel
ou fictif permettra de favoriser une réflexion sur
la transmission familiale et sur la question de la
coexistence d’identités multiples.
La méthodologie du récit de vie
Les jeunes eux-mêmes sont les premiers acteurs!
C’est leur parole qui compte, ce sont eux qui valident
si ce qu’ils veulent dire est bien compris, et
ils réalisent les vidéos eux-mêmes. La parole est
essentielle. Mais parfois, face à certains journalistes,
certains chercheurs, survient le sentiment
amer que la parole est ‘volée’, ‘instrumentalisée’.
Dans ce projet, chacun reste maître de sa parole.
Dans ce cadre, raconter les événements de sa vie
et l’évolution de son vécu permet de prendre une
distance par rapport à soi-même, à faire des liens
dans son histoire entre soi et le contexte dans
lequel on a vécu et évolué, du plus proche au plus
large, pour aider à pouvoir se projeter dans le futur.
Ce projet vise à comprendre le processus de repli
identitaire et radicalisation, à mieux identifier le
terreau des frustrations qui conduisent à la radicalisation,
et aussi à identifier les ressources pour
en sortir, ou ne pas s’y laisser entraîner. « Malgré
un contexte très peu favorable à l’expression de la
parole, le travail est déjà en cours avec plusieurs
jeunes et les premiers textes et vidéos très encourageants
», explique Isabelle Seret, responsable du
projet « Rien à faire, rien à perdre » et spécialiste
en accompagnement en récit de vie et sociologie
clinique, notamment dans le secteur de l’aide à la
jeunesse. « Les jeunes ne sont pas entendus, pourtant
ils ont beaucoup à dire et à nous apprendre »,
conclut Isabelle Seret qui qui lance un appel à tout
jeune prêt à partager son témoignage, en toute
confiance et confidentialité.

Isabelle SERET et Nadine DAVID